Clowning the Frets
21 mai – 04 juillet 2026
21 mai au 4 juillet 2026
Vernissage: jeudi 21 mai, 17h à 20h
Les peintures de Veronika Pausova commencent par démanteler les choses simples du quotidien comme pour mieux s’en rapprocher. Des fragments de l’ordinaire sont déployés avec curiosité et soin pour en faire surgir les complexités désordonnées. Ici, le ressenti prime sur le fait ou la similarité.Des arcs de lait maternel parfaits, rendus par des coups de pinceau rythmés et soignés, ne cherchent pas à illustrer l’acte lui-même, mais à éveiller une sensibilité accrue, proche de l’expérience réelle. Le vaste vocabulaire visuel de l’artiste et son expérimentation singulière de la peinture lui permettent de sonder le vulnérable et l’incontrôlable. La toute nouvelle exposition solo de Pausova, Clowning the Frets, offre une bouchée espiègle d’actions et d’excentricités apparemment distinctes, mais délibérément et exquisément liées entre elles.
Les scènes de Pausova sont assemblées en couches, chacune informant toujours la suivante. Les sous-couches débutent avec des textiles pressés sur des surfaces imprégnées d’huile et de térébenthine, qui laissent derrière eux des empreintes tactiles sur lesquelles s’accumulent diverses applications de peinture et de formes minutieusement illustrées. Des lignes lumineuses de fil imprégné de peinture — cheveux, filets d’eau, fils de marionnette, ligne de pêche à la traîne — balisent notre attention d’une chose à l’autre, tandis que des bandeaux débordants de plans vifs et texturés s’étendent au-delà et autour de la toile. Des découpes imprimées et des esquisses numériques aident l’artiste à orchestrer la trajectoire du tableau, mais c’est ultimement l’expérimentation qui décide si une oreille ou un orteil sera révélé ou dissimulé.
À travers ces œuvres, le corps — souvent celui de l’artiste elle-même — est délimité, animé et amplifié, sans jamais être illustré dans son intégralité, ce qui serait, paradoxalement, déstabilisant. Un pantalon dégingandé et sautillant, bien plus grand que l’échelle humaine habituelle de Pausova, se dresse au-dessus de fleurs de courgette éclatantes en un chœur printanier, le reste de l’ensemble, exagéré, restant inconcevable. Sans corps complet ni trajectoire claire pour guider naturellement le regard, un genou qui fléchit, un mouvement de bras saccadé et une épaule anxieuse ont de grands rôles à jouer, leurs excentricités et leurs détails amplifiant une agitation et une anticipation sous-jacentes. Un cache-couche gigotant est cajolé par un col roulé maternel, étiré et soutenu par les mains et les membres avoisinants. C’est à la fois exaltant et trop, beaucoup trop, que d’être tiré dans plusieurs directions à la fois.
Ce qui maintient le tout ensemble est un sentiment à peine contenu : un mélange de nervosité et de joie, picotant et vibrant juste à la surface. Le semblant de structure des cadres de travers mais solides et les murmures d’un récit familier — des bras rougis de coups de soleil tirant un rideau, le rythme du soleil levant et couchant, la pulsation mécanique et le plaisir d’un arroseur qui siffle — offrent le réconfort de la normalité à un monde autrement chancelant, mais tout juste.