Champs de fracture

19 mars – 02 mai 2026
Champs de fracture

Du 19 mars au 2 mai 2026
Vernissage : jeudi 19 mars, 17h à 20h

Marie-Michelle Deschamps
Dawit L. Petros
Jeremy Shaw
Erin Shirreff
Shaan Syed

Bradley Ertaskiran a le plaisir de présenter Champs de fracture, une exposition qui rassemble les œuvres de Marie-Michelle Deschamps, Dawit L. Petros, Jeremy Shaw, Erin Shirreff et Shaan Syed.  Réunissant peinture, techniques mixtes et photographie, l’exposition propose des pratiques et des images qui tranchent, lacèrent et segmentent, exploitant la dissection et la division, matérielles ou conceptuelles, afin d’explorer l’instabilité et la perception.

Double Minaret (with Sewn Steps) 1 (2018), le monumental tableau bicolore de Shaan Syed, se concentre sur le motif en escalier, et scindé, du minaret. Symbole récurrent dans la pratique de Syed, celui-ci fait référence à son enfance et illustre sa préoccupation perpétuelle de jumeler des moitiés disparates. La surface texturée de la peinture est le résultat d’une sorte de processus d’excavation inversé, par lequel le matériau est superposé puis gratté, révélant les couches séchées en dessous. Une tension palpable règne dans la composition, les formes diagonales du minaret étant interrompues par une grande cicatrice ou fracture, résultat de la toile découpée puis recousue.

Si l’œuvre de Syed met l’accent sur la démarcation, celle de Dawit L. Petros en montre la futilité, en particulier en ce qui concerne la création de frontières. Sa série photographique Demarcation (2011) s’inspire des régions déchirées par des conflits liés à l’eau et à la terre, en particulier la guerre entre l’Érythrée et l’Éthiopie (1961-1992), et entre la Mauritanie et le Sénégal (1989-1991). Une marque superficielle trace une limite fragile entre le sable et la mer, avant d’être effacée par les vagues envahissantes. Fidèle à l’ensemble de son œuvre, le triptyque de Petros explore la nature volatile et fluctuante des frontières, qui sont perpétuellement érodées et redessinées par les conflits politiques et les mouvements humains.

La sculpture murale Silhouettes (bis) (2025) de Marie-Michelle Deschamps, réalisée en émail vitrifié, présente également des qualités topographiques. Des lignes délicates, découpes précaires sur une surface par ailleurs solide, donnent à l’œuvre l’allure d’une carte géographique ou d’une tablette gravée. L’élégance du relief découpé, dont les bords s’effeuillent doucement comme des pétales ou du papier déchiré, contraste avec sa robustesse matérielle. Malgré les méthodes industrielles de production utilisées par Deschamps, la main de l’artiste reste présente, conservant les gestes doux d’un processus par ailleurs mécanique.

Saisissants et vaguement menaçants, de gros plans d’objets rudimentaires évoquant des couteaux composent la série Knife (2008) d’Erin Shirreff, témoignant de l’exploration continue de l’artiste dans le domaine de la sculpture et de sa représentation photographique. Les objets sont initialement sculptés à petite échelle dans de la pâte à modeler, pour être ensuite photographiés en gros plan. Le contraste entre leur forme matérielle et leur présence photographique imposante est déroutant. Isolées sur des fonds monochromes, les formes sont dépouillées de leur contexte pour ne laisser que leurs surfaces creusées, travaillées à la main, à la fois rugueuses et lisses, dont les qualités évocatrices priment sur leur fonction utilitaire. Les œuvres soulignent le décalage entre l’objet et l’image, entre la représentation et l’origine, éléments caractéristiques de la pratique de Shirreff.

La série Unseen Potential (2021) de Jeremy Shaw résulte d’expérimentations utilisant la photographie Kirlian qui tentent d’exposer les énergies cachées de plantes aux propriétés psychotropes. Travaillant dans l’obscurité totale, l’artiste place des végétaux directement sur un film Polaroid non exposé monté sur la plaque de cuivre d’une caméra Kirlian, déclenchant une décharge haute tension qui enregistre la décharge coronale du sujet, ou halo plasmique. Les images obtenues, qui montrent un noyau multicolore sur fond noir pur, agissent comme une sorte de coupe transversale énergétique, rendant visible une force généralement imperceptible à l’œil nu. Ici, la découpe n’est pas effectuée par incision physique, mais par exposition photographique : l’image est ouverte pour révéler la vie, l’énergie, et dévoiler les aspects habituellement invisibles de son sujet.