Xénia Lucie Laffely

Sea, sin & sun

09 novembre – 22 décembre 2023
Sea, sin & sun

9 novembre – 22 décembre 2023

Bradley Ertaskiran a le plaisir de présenter Sea, Sin & Sun, une exposition solo de Xénia Lucie Laffely qui interroge de manière ambigüe la culture numérique par le biais de pièces textiles hybrides, à la fois séduisantes et troublantes. Le nouveau corpus d’œuvres de Laffely montre des instantanés de corps dans des postures bizarres mais familières, avec pour certaines des sous-entendus queer – un selfie de plage topless, de longs ongles acryliques serrant une canette, une langue tirée et un signe de paix combinés, un tatouage d’épaule “Mean Gay” – des poses et des symboles reproduits à partir du lexique des réseaux sociaux comme symboles de statut, d’identité ou d’ambiance. Sur les murs bruts du Bunker, ses images vibrantes rayonnent comme la lumière chaude d’une journée d’été, attrayantes et amusantes au début, mais qui finissent par provoquer une démangeaison inconfortable qui survient lorsque l’on reste trop longtemps au soleil : la peau brûle, une sueur fiévreuse transpire.

Le processus artistique de Laffely commence par l’assemblage numérique de photos personnelles et d’éléments de la culture digitale, mélangeant certains détails avec l’aide de la nouvelle IA génératrice de Photoshop, pour obtenir des résultats délicieusement biaisés. Les images imprimées sur du tissu soyeux sont ensuite cousues ensemble pour créer de nouveaux collages, puis accentuées par des broderies complexes, des patchs saillants et parfois du métal, des chaînes ou des bijoux. Dès l’étape de création, les œuvres de Laffely subissent une transformation matérielle intensive, d’images numériques à des sculptures textiles, ajoutant de la richesse au résultat final. Sa pratique revitalise des techniques artisanales traditionnelles en les transformant en des pratiques contemporaines. Pourtant, malgré ce processus multimédia laborieux, la main de l’artiste est pratiquement effacée de l’œuvre finale : les photos sont transformées à coups de pinceau numériques, et les coutures sont finies pour former une image brodée élégante. Il en résulte un objet satisfaisant et immaculé qui célèbre et dissimule à la fois le travail de Laffely, à l’instar des produits qui composent ses images.

Cette qualité polie et raffinée du travail de Laffely rappelle la fausse réalité inhérente à la consommation d’images. Laffely peuple l’exposition d’un mélange de marques, d’objets du quotidien, de corps et de créatures – des Crocs, des briquets BIC, une boisson Monster Energy, des fruits, des insectes et des bizarreries – des choses glorifiées dans des publications banales sur les réseaux sociaux, pointant de manière plus critique vers les cycles de vanité, de performance et de consumérisme sans fin. La tension est palpable dans le contenu des œuvres ainsi que dans leur exécution ; elles conservent la planéité des images numériques, mais les volumes textiles débordent d’eux-même, comme si le tissu même du monde de Laffely s’effilochait sous nos yeux. L’exposition crée (ou reproduit) un monde un peu trop parfait, trop idéal, une erreur en temps réel.

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