Tightrope
16 juillet – 16 août 2026
Du 16 juillet au 16 août 2026
Vernissage: jeudi 16 juillet, 17h à 20h
Sara Anstis
Patricia Ayres
Jeneen Frei Njootli
Suzy Lake
Jana Sterbak
Bradley Ertaskiran est ravie de présenter Tightrope, une exposition réunissant des artistes locaux et internationaux dont les pratiques convergent autour de la contrainte. Cette dernière, à la fois condition psychologique et préoccupation formelle, se prolonge aussi dans les techniques et les matériaux employés. De la photographie à la sculpture, au dessin et à la performance, les œuvres réunies ici sont tendues, tourmentées, marquées et parfois au bord de la rupture, dans un état de tension permanent.
Depuis plus de quatre décennies, Jana Sterbak explore la friction inhérente aux opposés, plongeant le public dans des sensations juxtaposées d’attraction et de répulsion suscitées par du granit, du fil, de la glace, de la viande, du pain et une multitude d’autres matériaux provocateurs, travaillés à travers des sculptures, pièces à porter, photographies et vidéos novatrices Dissolution (Auditorium) (2001), une réflexion sur la volonté corporelle et psychologique, joue à la fois sur le tourment et l’absurde au moyen de chaises précaires faites de glace et de métal qui fondent progressivement, jusqu’à ce que leurs armatures métalliques abandonnées s’effondrent bruyamment au sol. Ici, comme dans l’ensemble de sa pratique, les objets et les matériaux transformateurs deviennent les substituts de la condition humaine dans toutes ses contradictions : parfaite, mais faillible ; vulnérable, mais forte ; libre, mais confinée à son enveloppe charnelle et mortelle.
Avec la série ImPosition (1977), Suzy Lake témoigne de son engagement indéfectible à manipuler l’image photographique, tout en soulevant des questions plus larges d’agentivité et de contrôle qui traversent l’ensemble de sa carrière remarquable. Une série de photographies en noir et blanc la montre ligotée dans une pièce close, crûment éclairée. L’ensemble dégage une impression de claustrophobie accentuée par le fait que l’artiste a étiré le film ramolli par la chaleur à différents degrés, déformant et comprimant le plan de l’image comme si l’espace se refermait sur elle. La séquence rythmée et la verticalité déformée des tirages amplifient son mouvement et sa lutte. En manipulant physiquement les photographies — dont la véracité était largement tenue pour acquise dans les années 1970 —, elle rend leur nature représentative à la fois instable et indéniable. Lake ne s’est jamais préoccupée de la pureté formelle prônée par les puristes de la photographie de son époque, mais plutôt de la façon dont le processus pouvait déconstruire l’illusion, tant de soi que de sa représentation.
Les sculptures biomorphiques de Patricia Ayres tirent leur tension autant dans leur fabrication que dans leur forme achevée. S’appuyant sur sa formation en confection de vêtements, l’artiste commence chaque sculpture par l’assemblage d’une armature interne, qu’elle recouvre ensuite d’un tissu élastique, manipulé et cousu de manière à former des volumes irréguliers et boursouflés qui acquièrent une qualité charnelle évoquant l’enflure, les cicatrices et l’usure. Les accessoires de parachute et des crochets de boucher y ajoutent une touche de violence et de fonctionnalité. Les surfaces des sculptures sont ensuite saturées de couches disparates de pigments, d’encre, d’iode, de cendre, d’huile d’onction et de vin de messe, tandis que leurs formes bosselées portent les traces du rituel catholique et du sacrifice. Leurs titres énigmatiques codent les noms de saints martyrs en séquences numériques — comme si une personne était réduite à un simple numéro de détenu —, situant ces œuvres à un croisement mystérieux de ferveur religieuse, de souffrance du corps et de contrôle institutionnel. Les créations d’Ayres sont si étroitement contenues, si tendues et gonflées, qu’elles semblent étrangement au bord de la transformation, prêtes à éclater et à engloutir tout ce qui les entoure.
Le travail de Jeneen Frei Njootli est imprégné de traces ténues, de moments subtils et d’impressions tactiles laissées par ce qui est déjà passé. Dans les œuvres de la série Knowledge Transference (2017), des fragments de peau révèlent les délicats motifs créés par des broderies perlées — confectionnées et offertes par des membres de sa famille — pressées directement contre la peau. Les marques qui en résultent sont discrètes, mais persistantes : une mémoire ancestrale matérialisée et imprimée sur le corps, rendue permanente par l’image photographique avant de s’estomper inévitablement. L’absence et la présence, l’effacement et la transmission sont au cœur de la pratique interdisciplinaire de l’artiste, qui intègre à ses sculptures, tenues cérémonielles, performances et œuvres sonores des matériaux culturellement intimes et des objets trouvés issus de la communauté où Frei Njootli vit et travaille : la Première Nation autonome des Vuntut Gwitchin.
Sara Anstis travaille la surface de ses dessins au pastel avec autant de douceur que de vigueur, créant des scènes captivantes qui, malgré la richesse de leurs pigments et leurs cadres pastoraux empreints de fantaisie, laissent affleurer un trouble palpable. Des compositions au cadrage serré montrent des fragments de corps féminins saisis dans des instants mystérieux du quotidien ; leurs gestes et leurs expressions, empreints d’une conscience accrue et d’espièglerie, donnent l’impression que nous les avons interrompus ou que nous avons envahi leur espace personnel. La chair est rendue avec le poli du marbre, des paysages vaporeux miroitent comme des mirages et des figures aux formes changeantes évoluent dans des univers oniriques, où le calme cède parfois la place à la férocité et à la surprise. Les corps sont souvent dissimulés et fragmentés, cadrés depuis des points de vue secrets et selon des plans décalés. Il en résulte une atmosphère singulièrement chargée d’une observation, d’une interrogation et d’une conscience de soi d’une rare intensité, laissant les personnages d’Anstis et le public suspendus entre hésitation et frisson.
Les œuvres de Patricia Ayres sont présentées en collaboration avec Matthew Brown, et celles de Jeneen Frei Njootli sont présentées en collaboration avec Macauley + Co.