Diane Severin Nguyen

IF REVOLUTION IS A SICKNESS

16 juillet – 15 août 2026
IF REVOLUTION IS A SICKNESS

Le film IF REVOLUTION IS A SICKNESS (2021) de Diane Severin Nguyen réinterprète la rhétorique révolutionnaire à travers une performance pop critique. Ayant pour cadre la Varsovie d’aujourd’hui, le film suit la protagoniste, Weronika Nguyen, alors qu’elle est absorbée par un groupe de K-pop. Très populaire auprès de la jeunesse polonaise, ce genre musical est mobilisé par l’artiste pour explorer les liens historiques entre le Vietnam et la Pologne, deux pays qui ont été le théâtre de conflits idéologiques entre l’Est et l’Ouest. Oscillant entre vidéoclips, fragments documentaires et récit à la première personne, le film déploie une riche palette de jaunes et de rouges ainsi que des routines de dances tendances sur fond d’imposants monuments de guerre. Nguyen y explore les formes complexes et stratifiées de propagande qui sous-tendent l’identité, l’image et la construction culturelle.

Nguyen a trouvé la jeune protagoniste du film sur Instagram, en recherchant des combinaisons de prénoms polonais courants associés à son propre nom de famille. La Weronika qui en émerge incarne ainsi la diaspora nord-vietnamienne qui s’est établie en Pologne après la guerre du Vietnam, une histoire qui est au cœur du film. La jeune Weronika échoue sur les rives de la Pologne postcommuniste et, lorsqu’elle entend les basses percutantes d’une chanson pop accrochante dans ses écouteurs, répond à cet appel. Elle s’entraîne en solitaire dans ce pays étranger avant de trouver un sens — et une révolution — auprès de son collectif de K-pop : « Le sang qui pulse à l’unisson, unisson, uni, uni. / Si la révolution est une maladie, je veux être malade, malade, malade. » Le film utilise la K-pop comme langage symbolique commun et fil conducteur par lequel ressurgissent les alliances complexes tissées entre l’Europe de l’Est et l’Asie pendant la guerre froide, témoignant de l’intérêt plus large de l’artiste pour les façons dont une culture commune se tisse et se recompose au fil du temps et d’un lieu à l’autre.

Tout au long, la prestation s’entrelace et se heurte aux courants de pensée contradictoires du XXe siècle, dont la narration hors champ, composée de clichés révolutionnaires et de textes de penseurs radicaux comme Ulrike Meinhof, Hannah Arendt et Mao Zedong, demeure souvent dissociée des images. La narration pèse plusieurs idéologies à la fois, sans les exposer ni les éclaircir, sans offrir de résolution morale ou politique. Ni documentaire ni entièrement mis en scène, le film emprunte la légèreté familière et l’artificialité des tendances actuelles sur Internet. Mais sous ses chorégraphies tape-à-l’œil et sa bande sonore saturée d’Auto-Tune, IF REVOLUTION IS A SICKNESS révèle des courants sous-jacents dévastateurs et des paroles incisives sur le déracinement, la perte et l’appartenance — « J’ai traversé l’océan à la recherche d’une nouvelle nation/J’ai perdu ma famille ce jour-là » —, où le traumatisme historique et politique prend la forme de l’ambition adolescente et d’un hymne pop cathartique.

Nguyen étudie la manière dont les convictions politiques s’incorporent aux gestes, aux modes vestimentaires et aux tendances par lesquels l’identité contemporaine se construit et se met en scène, particulièrement à une époque où la réalisation de soi et la reconnaissance sont si étroitement liées à la fabrication de l’image. Le statut d’étrangère de Weronika en Pologne — dont le gouvernement actuel tient une position restrictive envers l’immigration — reflète l’urgence manifeste de notre époque mondialisée. Le film s’articule autour d’une question fondamentale : comment l’identité et la réalisation de soi prennent-elles forme au sein d’un régime de représentation adverse, tout en lui résistant ?

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Œuvre généreusement prêtée par la collection de François R. Roy.