Celia Perrin Sidarous

Flotsam

11.02 – 13.03 2021
Flotsam

Nous suivons la piste d’une chose familière, une collection de regards de plus en plus tournés vers l’intérieur, contraints par des éléments externes — un geste, une bille, un miroir, une couleur, une lecture récente. Les changements de perspective qui en résultent convoquent, transforment ou maintiennent à flot nos souvenirs. Le langage de ce processus est le langage enchevêtré, observable, toujours économe, des choses. Les signes diacritiques de ce langage sont temporels. Ses vibrations s’accordent de manière particulière avec l’autonomie de ceux et celles qui le parlent. Certain.e.s d’entre nous le parlent couramment. Il n’est pas déterministe.

La piste n’est ni statique, ni une archive — elle est plutôt une combinaison d’agencements, de pressions et d’intuitions, infléchie par le temps. Nous savons ce qu’est le temps, alors que nous sommes assis.e.s et contemplons ce qui s’échoue, traces de nos vies et de celles des autres. Nous pourrions également nous essayer à une sorte de —mancie avec ce que nous avons trouvé. Comment le tenir, le porter ou le lisser. Comment le manipuler. Pendant combien de temps. Hydromancie. Amathomancie. Certain.e.s d’entre nous sont enclin.e.s à la divination.

Si ces compulsions sont temporaires, elles sont aussi agglutinantes. Elles composent, s’infiltrent les unes dans les autres lorsqu’elles forment des liens à même une surface. Le temps les lie, formant un présent à partir d’une série d’annotations adressées à soi-même, dans l’intention de ramener la mémoire à un marqueur terne, de remonter la corde et de dégager l’épave du filet. Ces notes sont à la fois personnelles et im-; elles sont faites exprès. Des miettes. Une carte. Éventuellement et tout comme leur capture, elles se défont soigneusement.

Il y a autre chose ici. Auparavant considéré comme désaffecté ou confondu — un bruit, un brouillard, obscurité, mollusques. Un dragage de ce qui a toujours été là. Les choses submergées deviennent lieux de rencontre pour mousses de mer, algues marines, pinces à cheveux aux couleurs vives, une large charnière, une palourde, un fantôme translucide ou un chapelet de bulles, de perles provenant d’un orifice rond qui prend vie. En se rassemblant sur une surface en érosion, ces objets deviennent évocateurs. Souvenez-vous:

L’objet est une langue maternelle; la langue, une veste de liège. Nous sommes arrivé.e.s ici en flottant.

– Danielle St-Amour, janvier 2021

À l’occasion de leur exposition respective, Celia Perrin Sidarous et Marie-Michelle Deschamps ont créé plusieurs œuvres collaboratives installées dans les espaces intermédiaires de la galerie.

Celia Perrin Sidarous (1982) est une artiste de l’image qui vit et travaille à Montréal. Ses œuvres ont fait l’objet de nombreuses expositions individuelles et collectives notamment au  Musée McCord et au Centre CLARK (Montréal), à la Galerie Prince Takamado de l’Ambassade du Canada (Tokyo), au Norsk Billedhoggerforening (Oslo), au CONTACT Photography Festival (Toronto) et au FOCUS Photography Festival (Mumbai), à 8-11 (Toronto), Arsenal Contemporary (New York), Esker Foundation (Calgary), Dunlop Art Gallery (Regina), Banff Centre (Banff), WWTWO (Montréal), VU (Québec) et Gallery 44 (Toronto). Son travail a fait partie de la Biennale de Montréal 2016 – Le Grand Balcon, au Musée d’art contemporain de Montréal. En 2019, elle est nominée au Prix Sobey pour les arts. Elle est lauréate du Prix Pierre-Ayot 2017 ainsi que de la bourse Barbara Spohr Memorial Award 2011. Ses œuvres figurent au sein de collections publiques et privées, dont celles de la AGO – Art Gallery of Ontario, du Musée des beaux-arts de Montréal et du Musée d’art contemporain de Montréal.

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