Suzy Lake

Distilling Resistance

11 septembre – 01 novembre 2025
Distilling Resistance

Du 11 septembre au 1er novembre 2025
Vernissage: jeudi 11 septembre, 17h à 20h

Depuis plus de cinquante ans, l’artiste américano-canadienne Suzy Lake transpose les contradictions du monde qui l’entoure dans des performances et des autoportraits audacieux. Sa conscience politique et artistique prend source dans son activisme au sein du mouvement des droits civiques dans sa ville natale de Detroit. Elle s’est ensuite nourrie du boom culturel mené par les artistes du Montréal des années 1970, où elle a joué un rôle central dans l’essor du conceptualisme au Canada et au-delà. Distilling Resistance, la première grande exposition solo de Lake à Montréal depuis des décennies, rassemble des œuvres clés réalisées au cours de sa carrière prolifique. Celles-ci témoignent de la constance et de la rigueur de son engagement à bousculer les constructions de genre, de l’âge et de l’identité, ainsi que de l’élaboration d’un langage visuel et conceptuel de critique féministe, toujours en usage aujourd’hui.

L’œuvre phare de Lake, On Stage (1972-75), dont les différentes versions ont été réalisées sur plusieurs années, est présentée ici sous la forme d’une grille de 84 tirages argentiques. Cette œuvre l’a amenée à se mettre en scène pour la première fois, ce qui restera une constante dans son travail. S’inspirant de la photographie commerciale de l’époque, où les femmes étaient représentées dans des poses passives, sans aucun pouvoir sur la création ou la perception de leur propre image, Lake affiche des portraits d’elle-même en gros plan, arborant un maquillage exagéré et prenant des poses à la mode. Ces portraits, entrecoupés de textes didactiques, soulignent l’hypocrisie derrière la représentation des femmes dans les médias. Ironiquement, l’œuvre a d’abord été perçue comme narcissique. La mise en scène, l’imitation et le déguisement sont devenus des stratégies essentielles dans le répertoire d’expérimentation et d’expression personnelle de Lake, utilisées pour réfuter une lecture unique et réductrice d’elle-même en tant que sujet.

Des décennies plus tard, Lake continue à explorer les questions de genre et d’identité qui ont marqué le début de sa carrière par des performances candides et intentionnelles. Par l’intermédiaire de son alter ego Suzy Spice, une artiste de 55 ans sans complexes vêtue d’un justaucorps léopard, Lake se lance dans une hyper-performance semblable au spectacle de la viralité sur Internet et de la téléréalité. Dans un monde indifférent aux corps ménopausés, voire dégoûté par leur image, Forever Young (2000) résiste aux représentations (ou à l’absence de représentation) des femmes vieillissantes dans les médias de masse avec une esthétique de papier glacé, grandeur nature et sensationnelle. Dans Peonies and the Lido (2000-2006), Lake, tel un dandy, se prélasse sur une plage déserte à la morte-saison, incarnant le protagoniste de Mort à Venise, un artiste fané au-delà de ses années de gloire, entouré d’images de pivoines sur le déclin. Lake déconstruit la beauté, la valeur et le vieillissement avec un humour subtil et une sensibilité puissante.

Lake s’intéresse depuis longtemps à l’inévitable passage du temps, ancré dans le corps, qu’elle explore à travers des performances de longue durée et la photographie. La série de photos à longue exposition Extended Breathing (2008-14) montre l’artiste dans une immobilité presque parfaite dans divers environnements, enregistrant l’acte de respirer et, par conséquent, la mortalité. Au cours d’une pose d’une heure, les vitesses d’obturation prolongées enregistrent les mouvements infimes de Lake en flous, transformant son immobilité en un exploit physique; bouger reviendrait à disparaître. Pourtant, les pieds de l’artiste restent parfaitement nets, ancrés dans la terre. Il s’agit d’une œuvre empreinte de retenue et de persévérance tranquille, qui n’est pas sans rappeler la série précédente de Lake, Re-Reading Recovery (1994-97), centrée sur l’acte répété de balayer, qui souligne l’endurance et la force de caractère inhérentes à la vie des femmes, à leur corps et à leur travail.

Si On Stage marque le début de l’interrogation de Lake sur la perception, l’image et les constructions de genre, Performing Haute Couture #1 (2014) en est l’antithèse résolue. Posée et impérieuse, Lake incarne la structure sur mesure de ses vêtements stylisés avec une assurance assumée généralement attribuée aux autoportraits stoïques, voire arrogants, des peintres masculins du XXe siècle. Depuis qu’elle s’est placée devant l’objectif dans les années 1970, Lake façonne son image avec une acuité et une prescience remarquables, anticipant l’omniprésence de l’individualité et de l’image de soi dans notre quotidien, alors que le corps et l’autodétermination demeurent des sujets de controverse permanents.

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Conversation entre Suzy Lake et Georgiana Uhlyarik: Nous sommes heureux de présenter une conversation entre Suzy Lake et Georgiana Uhlyarik, conservatrice Fredrik S. Eaton de l’art canadien au Musée des beaux-arts de l’Ontario, dans le cadre de l’exposition solo de Lake. La conversation aura lieu le samedi 13 septembre à 13h. L’évènement est gratuit et ouvert à tous et à toutes. La conversation se déroulera en anglais.