Alexandre Pépin

Choir / Chorale

28 septembre – 28 octobre 2023
Choir     /     Chorale

28 septembre – 28 octobre 2023

Bradley Ertaskiran est ravie de présenter Choir / Chorale, une exposition solo d’Alexandre Pépin dans le Bunker.

En entrant dans l’exposition Choir / Chorale d’Alexandre Pépin, avec les murs brutalistes souterrains du Bunker comme toile de fond, on pénètre dans une chambre médiévale, un espace sacré. Le travail de Pépin fait souvent écho aux fresques de la Renaissance, imitant les textures et les dispositifs spatiaux utilisés par Giotto, entre autres, pour fusionner la religiosité et l’espace. Dans Lovers in Bed (2023), des corps enchevêtrés semblent se dissoudre, absorbés par un espace glissant composé d’à-plats sur toile de jute friable. Malgré les quelques marqueurs architecturaux qui les entourent, le couple allongé est dépeint d’un point de vue étrange rappelant les outils visuels biaisés mais calculés utilisés dans les peintures murales monumentales byzantines ou médiévales pour considérer le spectateur en contrebas. Les amants sont à la fois proches et lointains.

Combinant le dessin et la peinture, Pépin superpose des pastels doux et des pigments bruts liés avec de la détrempe. La détrempe, un liant fabriqué à l’origine à partir de colle de peau de lapin et aujourd’hui couramment composé de colle et de gesso, est utilisée par Pépin pour produire un résultat distinctif. Les œuvres plus petites de l’exposition, réalisées sur toile de jute, sont denses en informations ; des coups de pinceau répétés et des lignes gestuelles aux tons doux s’insinuent dans la trame rugueuse du tissu. C’est un processus qui, par sa superposition, révèle et cache à la fois les formes insaisissables des peintures : corps sur corps, ombres sur ombres, brins d’herbe sur brins d’herbe. La toile de jute poreuse transparaît à travers des constellations de marques, de lignes et de traces ; des moments subtils et troublants. Dans Alleviation (2023), le pigment noir sur noir produit des faisceaux de lumière concentrée, alors que la toile matte en à-plat va à la rencontre d`une surface scintillante. Dans les deux cas, l’effet général qui s’en dégage est une sorte de chant continu qui enveloppe et adoucit le bruit du monde extérieur.

Singing Birds, Moving Mountains (2023), retable et point central de l’exposition, emprunte au langage des tapisseries de la Renaissance. Pépin rend les complexités texturales de la soie et de la laine par des panneaux doucement peints tout en traduisant le fil d’or lumineux en une lueur rétroéclairée, rappelant un vitrail. Une répétition de formes divisées donne l’effet d’un rythme et d’un tempo qui, empruntant à la fois au mouvement Pattern & Decoration et à la grille Moderniste, dégage toutefois une aura invitant à une contemplation silencieuse et extatique, près du dévouement spirituel. 

Si les sujets de Pépin, tirés de ses premiers exercices de peinture en plein air, sont souvent familiers – oiseaux, feuillages, fruits, ils ne sont pas pour autant simplistes. Ici, les oiseaux nous apparaissent faits de toile nue ou d’un simple contour, plus vide que l’espace qui les entoure. Leurs traitements, ou l’absence de traitement, invitent un caractère irrésolu dans une image brute mais autrement complète, et offrent à l’artiste le défi de dépeindre des sujets apparemment joyeux et beaux comme étant tout sauf cela. L’ambiguïté révèle la vulnérabilité de l’artiste, une intimité qui passe par une découverte tranquille plutôt que par des déclarations bruyantes et directes. Le spectateur est doucement entraîné, amené par la main, à la fois dans la sincérité et dans la possibilité d’échec.

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